MonÉpi : le réseau des Épiceries participatives qui essaiment sur le territoire

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MonÉpi : le réseau des Épiceries participatives qui essaiment sur le territoire

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Face à la désertification commerciale et afin de recréer du lien social et du dynamisme dans les villages, des « Épis », Épiceries participatives par et pour les habitants au statut d’associations, sont très appréciées à travers le territoire.

Une solution pour recréer de la vie dans les villages

C’est en 2015 à Châteaufort, un petit village de 1 500 habitants dans les Yvelines qui a vu ses commerces fermer les uns après les autres, qu’est né le concept des Épis. Afin de pallier l’absence de commerce de proximité et de recréer du lien social dans le village, des habitants ont ainsi souhaité mettre en place une épicerie participative. Le modèle d’épicerie participative a vu le jour en moins d’un an, avec notamment le développement d’une plateforme numérique.

En 2017, un deuxième Épi a ouvert, puis une dizaine, une centaine, etc. On dénombre aujourd’hui 350 plateformes ouvertes dont 127 fonctionnent au quotidien, avec un total d’environ 8 500 familles adhérentes au réseau MonÉpi, dans des villages de toute taille. La moitié des Épis se trouve néanmoins dans des communes de plus de 7 000 habitants.

En plus de l’activité « épiceries », où l’on trouve toutes sortes de produits, certains Épis proposent des dégustations de produits ou des ateliers cuisine par exemple, et d’autres ont mis en place un potager participatif, créant ainsi du dynamisme et du lien social dans les villages.

Des épiceries participatives avec une gestion simplifiée

Ce sont les adhérents eux-mêmes qui gèrent les Épis. En effet, les adhérents donnent en moyenne 2 heures de leur temps par mois en choisissant les créneaux durant lesquels ils souhaitent s’investir ainsi que leur mission : tenir l’épicerie, aller chercher les produits à la ferme, mettre en rayon, etc. « Le principe est que chacun donne 2 heures de son temps par mois. Ça peut paraître beaucoup, mais quand on réfléchit, quand on regarde un film, ça dure 2 heures. » Aldric, animateur de l’Épi du Routoir.

La comptabilité, les commandes, le paiement en ligne ou encore le planning participatif sont gérés directement sur la plateforme en ligne, et le système de paiement passe par une carte de recharge, tel que dans les cantines, permettant ainsi d’éviter toute circulation d’argent et les problèmes pouvant survenir face à la tenue d’une caisse.

Un concept en open source accessible et facilement réplicable

Afin d’ouvrir un Épi, il convient de disposer d’un local, dans l’idéal d’une trentaine de m² minimum. Dans la majorité des cas, la Mairie met un local à disposition, bien que le local puisse être prêté par un particulier, une association ou encore une école.

La création d’un Épi prend environ trois mois et nécessite, en théorie, un investissement initial de 0 euro. Le réseau Monépi apporte un accompagnement personnalisé à chaque épicerie participative qui souhaite ouvrir. De plus, les expériences et les produits sont partagés entre les différents Épis sur le territoire, créant un réseau d’entraide qui s’enrichit en continue.

Un modèle économique résilient et un accès à des produits locaux de qualité

Les produits vendus dans les Épis proviennent en majorité des producteurs et artisans locaux. Ainsi, avec les Épis, les adhérents ont accès à des produits locaux, de qualité et à prix attractif. « Ça change tout, vous n’avez pas de frais d’essence, vous ne polluez pas, vous savez ce que vous mangez, ce que vous avez dans l’assiette » - Une adhérente de l’Épis Castelfortain.

Concernant la gestion des stocks, dans certains Épis l’écart de stocks est de 0,2%, un taux bien plus bas qu’en grande surface (souvent de l’ordre de 5%), qui s’explique par le fait que les produits frais sont tous pré-commandés et que l’épicerie appartient à chaque adhérent.

Selon Alain Poullot, Co-Fondateur de MonÉpi, les Épis permettent de créer une alternative économique à la grande distribution. En effet, « Les producteurs n’ont aucune oppression sur les prix, et les adhérents paient bien moins cher leur alimentation ». Il s’agit d’un modèle économique qui soutient les petits producteurs, puisque 100% du prix d’achat revient aux artisans et producteurs locaux. Les Épis achètent des produits en prix de gros auprès des petits producteurs locaux, la logistique étant assurée par l’association, avant d’être redistribués sans marge aux adhérents.

Certaines subventions (Bouge ton coq ; France Relance, etc.) peuvent être versées aux Épis, ou directement à Monépi, ce qui permet notamment de rémunérer les développeurs pour la plateforme. Chaque adhérent doit également verser son adhésion entre 10 et 20 euros chaque année à son Épi. De plus, dès lors que les producteurs et financeurs dépassent 10 000 euros de chiffre d’affaires annuel sur l’ensemble du réseau des Épis, ces derniers s’engagent à participer financièrement aux frais de fonctionnement de la plateforme en reversant 3% de leur chiffre d’affaires réalisé au-dessus du seuil de 10 000 euros.

En 2021, Monépi a généré un chiffre d’affaires de 3 millions d’euros. Un chiffre qui a arrêté de doubler chaque année notamment par rapport à l’année précédente, qui peut notamment s’expliquer par l’impact du COVID et par le fait que les habitants font de plus en plus attention à leurs achats.

Jusqu’en 2021, le nombre d’Épis en France doublait également chaque année. Les chiffres se sont par la suite quelque peu stabilisés post COVID et on dénombre, depuis quelques mois, une reprise à la hausse du nombre de de nouvelles Épiceries participatives.

En plus des épiceries de village, le concept s’est également développé dans certaines universités, ce qui permet de proposer des produits qualitatifs et bon marché aux étudiants.

Une offre complémentaire à la grande distribution qui permet aux habitants de se nourrir autrement, d’accéder à une alimentation à un prix inférieur que dans les circuits de vente classiques, tout en recréant du lien social en favorisant les rencontres entre habitants.